Les produits laitiers

Les produits laitiers

derniers articles
  • 14-12
    Fromage et café, une expérience gustative inattendue

    Associer fromage et café : l’idée peut sembler saugrenue au départ. Nos traditions culinaires nous ont en effet habitués à des mariages plus attendus, tels que fromage et vins — voire à un timing fromage « puis » café. Mais l’expérience, initiée par Malongo, se révèle pourtant surprenante et d’une belle évidence ! Delphine Luisin, responsable qualité et « nez » […]

  • 10-12
    Wishlist de Noël : 5 idées de cadeau pour les fans de fromages

    Que ce soit côté cuisine, culture ou sorties, les occasions de (re)découvrir le fromage se multiplient, et se diversifient : parfait pour actualiser la liste de Noël d’un amateur de trésors lactés. Florilège de bonnes idées pour surprendre vos proches, curieux ou fins connaisseurs !         1. Le cadeau qui change et qui dure : la box à […]

  • 01-12
    Le tour de main de la semaine : clarifier !

    Découvrez quel geste précis se cache derrière le terme culinaire « Clarifier » et à vos tablier et toque pour le réaliser, chez vous, comme un chef.   Pour clarifier un beurre doux… …Vous le faites fondre  – idéalement au bain-marie pour éviter de brûler le beurre -, jusqu’à ce qu’il devienne liquide. À l’aide d’une écumoire, vous prélevez […]

  • 30-11
    S’initier à la caséologie, l’art de déguster le fromage

    Vous connaissiez l’œnologie ? Cap sur la caséologie… Derrière ce joli nom, se cache une tendance grandissante : celle de se former à la dégustation du fromage, cet autre pilier de la gastronomie française. Découvrez l’origine de ce savoir-faire, ses grands principes et surtout, les manières de vous y initier !   Petite histoire de la caséologie… […]

Voir toutes les actualités
Les produits laitiers
-

Face aux peurs alimentaires, retrouver le « goût jubilatoire » !

Entretien avec Jean-Pierre Corbeau, sociologue de l’alimentation.

Repas partagé

Les consommateurs semblent n’avoir jamais été autant inquiets de manger qu’aujourd’hui. Jean-Pierre Corbeau, sociologue spécialiste des comportements alimentaires, donne des clés pour mieux comprendre ce phénomène.

On a l’impression que les Français ont de plus en plus peur de ce qu’ils mangent. Pourquoi ?
Jean-Pierre Corbeau : Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, plusieurs transformations exacerbent les peurs liées à l’alimentation : allongement des filières de production, transformations de la cellule familiale, augmentation de la fréquence des repas pris hors domicile, multiplication des messages nutritionnels, crises sanitaires et dépréciation de l’image des experts… Mais il y a aussi une montée de la peur du regard d’autrui : que va penser l’autre de ce que je mange, en particulier si je mange des produits animaux ou industriels, ou encore des aliments qui ont la réputation de faire grossir ou d’être mauvais pour la santé ? Les médias, blogs et réseaux sociaux contribuent à ce phénomène avec un effet de dramatisation, comme si l’alimentation contemporaine nous faisait courir de terribles dangers, et de culpabilisation : dans un contexte d’individualisation croissante, les consommateurs sont considérés comme responsables des maux qui frappent leur corps et des répercussions de leur alimentation sur l’environnement.

Qu’en est-il de la peur du lait, qui fait pourtant partie des traditions gastronomiques françaises depuis plusieurs siècles ?
J.-P. C. : Les omnivores que nous sommes construisent leur culture alimentaire en jonglant avec deux peurs fondamentales. La première, c’est celle de manquer. Or, dans les sociétés riches où le risque de famine a disparu, et en particulier au sein des catégories socioprofessionnelles privilégiées, une nouvelle peur est apparue : celle de l’excès. Il faut se surveiller et « faire attention » afin de garder un corps mince et léger, mais aussi pour se conformer aux politiques publiques de nutrition. Dans cette logique, le lait issu du mammifère de très grande taille qu’est la vache devient « excessif », sans compter que les générations nées entre 1970 et 1990 ont grandi dans une phase de diabolisation des matières grasses d’origine animale. La deuxième grande peur, qualitative et non plus quantitative, est celle de l’empoisonnement : certains aliments sont suspectés de souiller le corps et l’esprit, médicalement et symboliquement. La peur du lait s’inscrit ici dans la méfiance croissante envers le modèle agro-industriel, avec le fantasme d’ « usines à lait » où celui-ci serait produit de manière peu naturelle, ce qui est déconnecté de la réalité de l’élevage laitier en France. Citons enfin les débats sur le statut des animaux, qui soulèvent des questions complexes. Dans tous les cas, les simplifications et les manipulations font le jeu des « gourous » et bien sûr de certains marchands qui surfent sur la vague.

Finalement, comment être moins inquiet face aux injonctions multiples et anxiogènes qui nous sont assénées presque quotidiennement ?
J.-P. C. : Du côté des pouvoirs publics, il faut une véritable éducation alimentaire revalorisant le plaisir. Il ne s’agit pas de décréter qu’il faut « se faire plaisir », mais d’encourager les consommateurs à être attentifs à leurs sensations et leurs émotions. On ne mange pas des nutriments, mais des aliments qui s’inscrivent dans une culture ! Or, depuis le début des années 1970, les discours et les politiques publiques encouragent la responsabilité de chacun face à son alimentation, tandis que la montée de l’individualisme tend à dégager les mangeurs des liens sociaux traditionnels. C’est dans ce contexte que l’ego triomphe : on se met en scène en remettant en question le partage des repas, on revendique cette nouvelle alimentation, parfois on milite, dans des logiques qui peuvent devenir sectaires. Je crois pour ma part que l’alimentation doit avant tout mobiliser l’appareil sensoriel et se faire dans un contexte de partage, ce qui n’empêche pas de penser à ce que l’on mange : c’est ce que j’appelle le goût jubilatoire.

Plus d'articles

Mots clés