Les produits laitiers

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Histoire du fromage : du camembert dans les tranchées

À l’occasion du 11 novembre, célébrons le « camembert de la victoire » !

Camembert des Poilus

Signé le 11 novembre 1918, l’armistice marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale et la victoire des Alliés. En ce jour de commémoration, retour sur un chapitre rarement abordé dans les manuels d’histoire : la ration alimentaire des soldats partis au front.

Le camembert, du local au national

Si, au début de la Première Guerre mondiale, le camembert n’est pas un produit confidentiel, il n’est pas encore le plus célèbre des fromages français. Certes, il connaît déjà une certaine notoriété, mais uniquement en Normandie, à Paris et dans quelques grandes villes de la moitié Nord de la France. Il ne résiste pas, pourtant, à l’élan patriotique qui subjugue alors le pays : dès le début de la guerre, les étiquettes des boîtes en bois se décorent de thèmes nationalistes prédisant une victoire complète et rapide. Toutefois, contrairement à d’autres produits qui revêtent les couleurs de la France par simple stratégie commerciale, le camembert s’engage concrètement dans la guerre, jusque dans les tranchées. « Pour le camembert, la guerre de 1914 n’est pas une guerre défensive mais une guerre de conquête », écrit Pierre Boisard, auteur du livre Le camembert, mythe français*.

L’engagement des producteurs de camembert

Rapidement, les producteurs de fromage normands manifestent en effet leur volonté de contribuer à l’effort de guerre. Le 22 décembre 1917, lors de l’assemblée générale du Syndicat des fabricants du Véritable Camembert de Normandie (SVCN) né en 1909, le fromager Louis Serey propose d’offrir une journée de production à l’armée française. Sa proposition est adoptée. Mais la démarche va encore plus loin. L’approvisionnement des troupes, qui consiste à assurer la pitance quotidienne de deux millions de soldats, constitue alors un débouché commercial intéressant pour les entreprises agroalimentaires. Or, au début de la guerre, c’est l’emmental, peu fragile, facile à transporter et de bonne conservation, qui a la faveur de l’intendance des armées. Toutefois, il est très gourmand en lait – contrairement au camembert qui ne nécessite que 2 litres de lait par fromage – et vient vite à manquer. Les producteurs de camembert en profitent pour se positionner auprès des magasins centraux des armées. Grâce à une démarche volontariste, une logistique performante et une boîte particulièrement pratique pour le transport, ils obtiennent le marché.

Le camembert gagne le cœur des Français

Au fond des tranchées, les Poilus – soldats français – venus de tous les coins de France découvrent alors ce fromage savoureux et moelleux qu’ils dégustent en guise de casse-croûte, avec du pain. Pendant les combats, il leur rappelle ce pour quoi ils se battent, « le goût âpre et la consistance molle évoquant pour les soldats à la fois la rudesse et la douceur du pays, la vigueur et la sensualité des femmes qui les attendaient », écrit Pierre Boisard. Au fur et à mesure que la guerre s’éternise, tout vient à manquer : le lait, les bras, le charbon, la présure… Mais les producteurs de camembert réussissent à maintenir une partie de la production et privilégient l’approvisionnement du front au détriment de l’arrière. Cette stratégie leur assure un succès durable en terme d’image : à l’issue de la guerre, les soldats qui ont survécu se souviennent de ce fromage qui les a réconfortés dans l’horreur des tranchées. Le camembert vient de conquérir la France et de s’attirer toutes les convoitises.

> Pierre Boisard, Le Camembert, mythe français, Paris, Odile Jacob, 2007 (paru pour la première fois en 1992 sous le titre Le camembert, mythe national, éditions Calmann-Lévy).

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