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Les produits laitiers
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Le fromage dans la littérature

À l’occasion de la rentrée littéraire, retour sur cinq textes classiques où le fromage concurrence les protagonistes.

Les Halles

Les produits laitiers font partie de la culture populaire (cinéma, publicité, bande dessinée, musique…), mais aussi littéraire ! La preuve avec le fromage, qui a inspiré plusieurs grands auteurs français.

Le brie de Jean de La Fontaine (Fables, « Le Corbeau et le Renard »)

« Maître Corbeau, sur un arbre perché, / Tenait en son bec un fromage. / Maître Renard, par l’odeur alléché, / Lui tint à peu près ce langage : / Et bonjour, Monsieur du Corbeau. / Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! / Sans mentir, si votre ramage / Se rapporte à votre plumage, / Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »

Et le corbeau, peu futé mais fier comme Artaban, d’ouvrir son bec pour faire entendre sa voix au rusé renard, qui repart avec le fromage. Cette célèbre fable, publiée pour la première fois en 1668 et basée sur celle d’Ésope, apprend aux lecteurs que des compliments des flatteurs, il ne faut pas en faire… tout un fromage ! Pour la petite histoire, la confrérie du brie de Melun jure que son fromage préféré était celui du corbeau.

La joie lactée de Jean-Jacques Rousseau (Les confessions)

« Avec du laitage, des œufs, des herbes, du fromage, du pain bis et du vin passable, on est toujours sûr de me bien régaler. »

Dans ses Confessions, Rousseau fait l’éloge des repas rustiques. Les produits laitiers, notamment le fromage, ont alors acquis un statut gastronomique après plusieurs siècles de relégation dans la catégorie des « aliments des pauvres ». Au sein des élites, il est désormais de bon ton de vanter les nourritures simples et paysannes ! En 1762, dans Émile ou De l’éducation, Rousseau écrit aussi, dans une ode à la nature mère et nourricière : « Notre premier aliment est le lait ; nous ne nous accoutumons que par degrés aux saveurs fortes ; d’abord elles nous répugnent. »

La symphonie de fromages d’Émile Zola (Le ventre de Paris)

« Mais c’était surtout sur la table que les fromages s’empilaient. Là, à côté des pains de beurre à la livre, dans des feuilles de poirée, s’élargissait un cantal géant, comme fendu à coups de hache (…) . Trois bries, sur des planches rondes, avaient des mélancolies de lunes éteintes ; (…) Les roqueforts, eux aussi, sous des cloches de cristal, prenaient des mines princières, des faces marbrées et grasses, veinées de bleu et de jaune, comme attaqués d’une maladie honteuse de gens riches qui ont trop mangé de truffes ; (…) Alors, commençaient les puanteurs (…). »

Dans ce célèbre extrait du Ventre de Paris, le maître des descriptions et du naturalisme signe sans doute le plus beau texte fromager de l’histoire de la littérature. Rythmé, musical et poétique, il permet de constater que, dans les années 1870, de nombreux fromages AOP étaient déjà vendus dans les Halles de Paris !

La marquise de Camembert de Marcel Proust (À la recherche du temps perdu)

« Il y avait bien dix minutes de cela lorsque le lift, tout essoufflé, vint me prévenir: « C’est la marquise de Camembert qui vient ici pour voir Monsieur. » (…) Je lui dis que la dame qui venait de partir s’appelait la marquise de Cambremer et non de Camembert. (…) Le lift me jura, avec la sincérité de la plupart des faux témoins, mais sans quitter son air désespéré, que c’était bien sous le nom de Camembert que la marquise lui avait demandé de l’annoncer. Et, à vrai dire, il était bien naturel qu’il eût entendu un nom qu’il connaissait déjà. (…) le nom de Camembert lui avait paru d’autant plus vraisemblable que, ce fromage étant universellement connu, il ne fallait point s’étonner qu’on eût tiré un marquisat d’une renommée aussi glorieuse, à moins que ce ne fût celle du marquisat qui eût donné sa célébrité au fromage. »

On connaît bien le talent de Marcel Proust pour décrire la nostalgie et le caractère évocateur d’une petite madeleine trempée dans du thé, mais on sait moins que À la recherche du temps perdu regorge de pépites humoristiques ! Nous sommes dans les années 1920 et le camembert, « mythe national » selon Pierre Boisard, est déjà si célèbre qu’une élégante marquise se voit affublée d’un nom de pâte molle à croûte fleurie.

Les conseils matrimoniaux de Colette (Paysages et portraits)

« Friandes de fromages, les femmes s’en privent depuis que la terrible névrose de la maigreur les gouverne. Autrefois, une femme savait mieux choisir les fromages qu’un homme. Tâter la croûte, mesurer l’élasticité de la pâte, deviner un fromage est un peu une affaire de radiesthésie. Si j’avais un fils à marier, je lui dirais : « Méfie-toi de la jeune fille qui n’aime ni le vin, ni la truffe, ni le fromage, ni la musique. » »

D’une liberté exceptionnelle pour son époque, Colette, née en 1873, aimait manger, cuisiner et boire. De nombreuses recettes et réflexions sur le bien manger figurent dans ses romans et articles, avec la même insoumission aux diktats du moment que dans les autres domaines de sa vie. Ici, elle regrette ainsi – déjà ! – la maigreur érigée en critère de beauté. Sa gourmandise a d’ailleurs inspiré à Muriel Lacroix et Pascal Pringarbe un livre de recettes, Les carnets de cuisine de Colette (éd. du Chêne), où l’on retrouve plusieurs odes aux plaisirs laitiers : soupe à l’oignon en croûte de fromage, brochet sauce mousseline, kouign-amann, gougères, mousserons à la crème…

Crédit photo : Léon Augustin Lhermitte [Public domain], via Wikimedia Commons. 

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