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La filière laitière

Elevage et territoire
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Profession éleveur : Sandrine Hauser

Au cœur des Alpes provençales, rencontre avec une agricultrice engagée dans la défense de sa profession.

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Au cœur des Alpes provençales, rencontre avec une agricultrice engagée dans la défense de sa profession.

Pourriez-vous présenter votre exploitation ?
S. H. : Mes parents n’étaient pas agriculteurs mais j’ai toujours vécu à la campagne, où ma passion pour le métier d’agriculteur est née très tôt. Je me suis installée en 2001 avec mon conjoint, qui était déjà établi ici depuis 1987, à une vingtaine de kilomètres de Gap, dans les Hautes-Alpes. Nous sommes donc dans le Nord de la région PACA, qui ne compte que 200 éleveurs laitiers. Nous avons 60 vaches laitières de la race Montbéliarde pour produire le lait que nous vendons à la société Lactalis, qui le transforme à son tour en lait UHT. Nous élevons aussi des génisses des races Tarine et Abondance destinées aux éleveurs savoyards, des taurillons exportés en Algérie à l’âge d’un an et des ânes de Provence pour protéger le troupeau. En effet, ces derniers détestent les loups : quand ils les repèrent, ils braient très fort, découvrent leurs dents et les poursuivent – une solution qui fonctionne surtout avec les bovins car les ânes, très joueurs, peuvent blesser les petits ovins. La ferme compte 300 hectares en tout, dont 200 d’alpages, ce qui n’empêche pas une partie du troupeau de partir en transhumance l’été. Pour l’alimentation quotidienne des vaches, nous sommes autosuffisants en foin et céréales.

Quelles sont les spécificités de l’élevage en région PACA ?
S. H. : Comme 80 % des producteurs laitiers de la région, nous sommes dans une zone de montagne sèche où il y a plutôt deux saisons que quatre : un hiver de six mois puis un été long et chaud qui dure parfois jusqu’à novembre. Entre les deux, un tout petit printemps de deux ou trois semaines fait office de mi-saison. Pour schématiser, on passe presque sans transition de – 15 °C en hiver à plus de 30 °C en été ! L’avantage, c’est que c’est un climat méditerranéen qui permet de cultiver du maïs et des céréales à plus de 1000 mètres d’altitude. La contrainte, c’est qu’il faut s’adapter au jour le jour à la météo, notamment pour les travaux agricoles : si on ne sème pas à temps ou si on tarde pour faucher, toute la vie de la ferme est déséquilibrée. C’est aussi notre situation géographique qui nous a poussés à choisir des vaches Montbéliardes : elles sont à la fois de bonnes laitières et des montagnardes aguerries, un parfait compromis pour notre principale activité.

Vous êtes aussi très investie dans la défense du monde agricole. Pourriez-vous nous en dire plus ?
S. H. : J’ai toujours eu des responsabilités syndicales. De 18 à 36 ans, je me suis fortement impliquée chez les Jeunes Agriculteurs (JA) avant d’intégrer d’autres fédérations, notamment la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) où je fais partie du conseil d’administration. J’ai également d’autres implications collectives, notamment à la Mutualité Sociale Agricole (MSA) et à la Chambre d’Agriculture, où je suis responsable du dossier Formation et trésorière du service de remplacement. Cela demande une organisation irréprochable, d’autant que mon conjoint a lui aussi ses activités en-dehors de l’exploitation. Ma solution ? Je fais souvent appel au service de remplacement de la Chambre d’Agriculture pour que des vachers viennent prendre la relève quand je m’absente. Je déploie beaucoup d’énergie pour tout mener de front, mais je tiens à cet engagement au service de ma profession. Les agriculteurs et éleveurs sont en effet les meilleurs garants de l’équilibre des territoires, de la beauté des paysages et même de l’entretien des pistes de ski : jamais les machines n’iraient là où vont les vaches et les moutons, qui, l’été, mangent inlassablement herbes et buissons !

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Profession, éleveur : Matthieu Haudebert

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Matthieu-HaudebertCe jeune éleveur de 31 ans a repris le flambeau de ses parents avec enthousiasme. Rencontre au cœur de la France laitière.

Pourriez-vous décrire votre exploitation ?
Matthieu Haudebert : En 2007, je me suis installé avec mes parents en acquérant un tiers des parts de l’exploitation familiale. Celle-ci est située à Villerable, dans le Loir-et-Cher, tout près de Vendôme. Mon père ayant pris sa retraite récemment, je suis désormais associé avec ma mère et nous avons un salarié à temps plein pour compenser. Nous employons aussi, au gré du planning, de la main d’œuvre partagée. L’objet de toutes nos attentions, c’est un troupeau de 80 vaches laitières de la race Prim’Holstein, essentiellement nourries avec de l’herbe, de la luzerne et du maïs ensilage. La plus grande partie de leur alimentation est issue des 145 hectares de l’exploitation. Tous les deux jours, leur lait est livré à la laiterie Bel pour fabriquer du fromage. Dès 2008, nous avons décidé de leur offrir un bâtiment entièrement neuf avec 80 places, une salle de traite, une zone dédiée à l’alimentation… L’investissement a été de 450 000 euros, sans compter mon implication personnelle dans les travaux.

Avez-vu suivi une formation spéciale pour reprendre l’exploitation ?
M. H. : J’ai toujours voulu reprendre le flambeau, alors je me suis dirigé très tôt dans ce domaine. Après la classe de troisième, j’ai intégré un BEP orienté sur les céréales, car la première fonction d’une exploitation est de nourrir les animaux avec ce qui est produit sur place. J’ai ensuite opté pour un bac technologique spécialisé dans les grandes cultures fourragères. Je suis ensuite parti en Vendée pour un BTS formant à la gestion des exploitations agricoles. J’ai terminé mon cursus par une année de contrat de professionnalisation au cours duquel je me suis totalement consacré à l’élevage laitier : alimentation du troupeau, suivi vétérinaire, qualité du lait… Ces années d’études m’ont permis d’aborder la plupart des problématiques liées à l’agriculture et à l’élevage.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer comme éleveur laitier ?
M. H. : J’ai toujours baigné dans cet univers. Pour un enfant, le cadre de la ferme est formidable avec son espace, ses animaux, ses tracteurs… Surtout, mes parents m’ont transmis leur passion pour le métier. D’ailleurs, quand je me suis installé, je n’ai pas eu envie d’abandonner l’élevage laitier pour me consacrer exclusivement à la culture de céréales, ce qui aurait pu facilement se concevoir dans la mesure où nous sommes aux portes de la Petite Beauce. L’un des aspects les plus séduisants de mon activité, c’est en effet qu’elle permet de toucher à tout : entre le début et la fin de la journée, je fais de l’agriculture, de l’élevage, de la maçonnerie… Et puis en tant qu’éleveur, je contribue à nourrir la population. Je trouve cela valorisant. Le parcours administratif est parfois complexe et je travaille beaucoup, mais je ne regrette pas mon choix.

L’imbrication des rapports familiaux et professionnels est-elle facile à gérer ?
M. H. : Il faut savoir dissocier les deux et prendre le meilleur. L’intérêt de s’associer avec ses parents, c’est que ceux-ci ont un véritable rôle d’accompagnement à jouer. En tant que jeune, on a les idées, tandis que les parents ont le savoir-faire et l’expérience. C’est une bonne combinaison pour conduire l’exploitation avec efficacité. De plus, la reprise de la ferme se fait de façon progressive : quand ma mère prendra sa retraite, j’aurai suffisamment d’expérience pour prendre les rênes avec sérénité et me consacrer à de nouveaux projets pour l’avenir. En particulier, j’aimerais aller vers encore plus d’autosuffisance alimentaire pour mes vaches et développer la vente directe sur la ferme. Un programme passionnant en perspective !

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Pourriez-vous nous décrire votre métier ?
S. M. : J’en ai plusieurs ! Je suis notamment vacher de remplacement : quand un agriculteur ne peut pas être présent dans sa ferme – pour des vacances, en cas de congé maternité ou de formation, suite à un accident… –, je me rends sur place pour prendre la relève. Mon intervention, qui dure de plusieurs heures à plusieurs jours ou semaines, se fait à la carte en fonction des besoins de l’agriculteur et des particularités de son exploitation. La plupart du temps, je me charge des deux traites quotidiennes, de l’alimentation des vaches, de la surveillance de la santé du troupeau, du lien avec le vétérinaire en cas de besoin, éventuellement de la naissance des veaux… Bref, je suis aux petits soins pour les vaches. Je dois prendre les bonnes décisions au bon moment et m’adapter chaque fois à un nouveau contexte. C’est une grande responsabilité qui ne peut être assumée que dans une relation de confiance. Je suis également comédien et animateur, avec le statut d’intermittent du spectacle : j’anime des opérations pédagogiques pour le CNIEL, afin d’expliquer au grand public les réalités du métier d’éleveur, la production du lait, la vie dans une ferme, la traite, la fabrication des produits laitiers

Comment êtes-vous devenu vacher de remplacement ?
S. M. : Je vis à Paris depuis vingt-cinq ans mais j’ai grandi à Touraine, où je passais beaucoup de temps dans la ferme de mon parrain. J’adorais m’occuper des vaches. Très vite, je me suis orienté vers l’univers du spectacle, mais j’ai toujours gardé en tête l’idée de travailler dans l’agriculture. À 40 ans, j’ai décidé de faire un stage dans une ferme aveyronnaise, pour voir où l’expérience me mènerait. Tout s’est alors enchaîné très vite : j’ai intégré une école d’agriculture pour adultes, le Pôle de Formation de Bernussou, où j’ai planché pendant un an pour obtenir un Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA) Bovins Viande. En sortant, j’ai été embauché pendant deux mois par la ferme de l’école, où je suis devenu pleinement autonome. Le fait de devenir vacher remplaçant m’a permis de pouvoir exercer mes deux métiers. La cerise sur le gâteau a été de devenir animateur pour l’interprofession laitière : la boucle était bouclée !

Comment vous organisez-vous pour tout mener de front ?
S. M. : Avec un planning de compétition ! J’essaie de prévoir mes activités très en amont pour être disponible quand un éleveur a besoin de mes services. Pour les remplacements, je passe par les services de remplacement des chambres d’agriculture, qui sont des groupements d’employeurs dirigés par des agriculteurs bénévoles. Ils ont pour mission de proposer des salariés, agents de remplacement, à leurs agriculteurs adhérents qui souhaitent ou qui sont contraints de quitter momentanément leur exploitation. En plus de tout ça, je suis régisseur de spectacles et je travaille sur un projet d’aide aux agriculteurs en détresse. Il m’arrive parfois de travailler sept jours sur sept, mais je ne m’ennuie jamais : je passe facilement de la campagne au centre-ville de Paris et je me rends dans toutes sortes d’exploitations, de la plus traditionnelle à la plus moderne. Surtout, je m’enrichis chaque jour un peu plus grâce aux rencontres qui me permettent de comprendre en profondeur le monde de l’élevage aujourd’hui.

> Le site du Service de remplacement France.