La bouse de vache : une ressource à haute valeur ajoutée

Publié le 06.12.2019 , mis à jour le 20.11.2023

D’aucuns pensent peut-être encore que les déjections des vaches relèvent d’un simple déchet agricole, et qui plus est, difficile à recycler ? Et non ! La bouse de vache connaît au contraire de nombreuses opportunités de valorisation : elle participait déjà de longue date à l’enrichissement naturel des sols et se révèle aujourd’hui actrice de la transition énergétique et du développement durable. Explications !  

vache prim holstein en paturage

. © Frederic Prochasson

De la vache à la terre : la bouse recyclée pour fertiliser les pâturages

Issue de la digestion de la vache, la bouse est loin d’être seulement une déjection. Bien au contraire : sa valorisation commence même directement au champ, sur le sol du pâturage où paissent les vaches à la belle saison. Au contact de la terre, la bouse contribue naturellement à nourrir les bactéries du sol et les insectes environnants.

De l’étable à l’épandage : le fumier se fait ressource agronomique

Vaches allongées sur la paille

En hiver ou lorsque les animaux sont à l’étable, le fumier (bouse de vache et litière de la paille) et le lisier (effluents liquides) connaissent également un processus de valorisation : ils seront eux aussi exploités pour leurs qualités fertilisantes sur les terres agricoles. Objectif : favoriser la croissance des cultures. 

Mais en attendant les périodes d’épandage autorisées, fumiers et lisiers sont stockés selon des conditions strictement réglementées, notamment par la directive Nitrates : la capacité, les modalités et même la durée de stockage dépendent de plusieurs paramètres, tels que la qualité des effluents, la nature des sols, etc. Les lisiers par exemple, doivent obligatoirement être stockés en fosse étanche. 

Et quand vient l’heure de l’épandage, un plan très précis définit là aussi les doses et les fréquences d’épandage sur chaque parcelle, en fonction de sa situation géographique, de la nature de son sol et des systèmes de culture. Les périodes d’épandage sont ainsi propres à chaque région et calées sur les besoins nutritionnels saisonniers de chaque type de culture.

bouses de vache

Si la pratique de l’épandage est encore majoritairement utilisée, une autre voie de valorisation s’est révélée aux producteurs ces dernières années : celle de la bouse devenue source d’énergie.

De l’étable au digesteur : le fumier se fait aussi énergie grâce à la méthanisation

méthaniseur, digesteur

Vous les avez peut-être déjà aperçus près de certaines exploitations : des digesteurs — installations XXL en forme de dômes — transforment doucement en biogaz, le fumier et autres déchets agricoles issus de la ferme.

Utiliser le fumier en guise de ressource énergétique n’est certes pas nouveau : depuis les temps préhistoriques et jusqu’au début du XXe siècle en Europe (et encore actuellement en Afrique et en Asie), la bouse préalablement séchée servait déjà de combustible.

Mais depuis quelques dizaines d’années, la méthanisation permet de produire une énergie naturelle et renouvelable avec du fumier : le biogaz issu de la lente dégradation des fumiers bovins et autres résidus agricoles et capté en sortie de digesteur pour être valorisé :

Methanisation à la ferme : le parcours de la bouse
Grâce à la méthanisation agricole, la bouse de vache est aujourd'hui valorisée en énergie (biogaz) et en engrais naturel inodore (le digestat). Et ce déchet de la ferme se fait source de revenus complémentaires pour les producteurs.

De la bouse au biogaz : un cercle vertueux qui s’agrandit

Cette nouvelle forme de valorisation de la bouse de vache s’inscrit aujourd’hui parmi les enjeux de la transition énergétique : émis naturellement, le biogaz représente en effet une alternative durable aux ressources fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon…).

Et le potentiel en France n’est pas négligeable : l’agriculture représenterait ainsi 95 % du gisement méthanisable, dont 72 % (en tonnage) pour les effluents d’animaux et 28 % de résidus de culture, selon l’Ademe.

Toutefois, le développement français de la méthanisation agricole a connu des débuts timides, qui s’expliquent notamment par les contraintes de faisabilité et de rentabilité de ces installations :

  • investissement structurel important,
  • espace conséquent pour accueillir les digesteurs,
  • nécessité d’approvisionnement agricole suffisant,
  • gestion régulière et compétences techniques,
  • complexité technique et administrative…

La levée de nombreux verrous a toutefois permis à la filière de prendre son envol ! Elle comptait déjà plus de 500 unités en 2018(1) (dépassant les prévisions officielles) et à ce rythme, pourrait dépasser les 1 000 unités à l’horizon 2023(2).

L’autre atout de la méthanisation : le digestat, un fertilisant naturel et sans odeur

engrais

Avec la méthanisation, le parcours de la bouse de vache ne s’arrête pas à la sortie du digesteur ! Le procédé valorise le gaz et revêt un effet bonus, en produisant un ultime résidu de matières organiques appelé digestat, dont les propriétés fertilisantes sont identiques à celles du fumier.

Naturel et durable, le digestat épandu offre même un triple intérêt : 

  • il permet de réduire le recours aux engrais de synthèse
  • les germes pathogènes, naturellement présents dans le fumier brut, sont considérablement réduits grâce à un procédé d’hygiénisation ce qui le rend utilisable en agriculture biologique(3)
  • enfin, le processus de méthanisation a un effet de désodorisation : le digestat n’a quasiment plus d’odeur à la sortie du digesteur. Un avantage collatéral non négligeable pour le voisinage de la ferme 😉 

Source d’économies, de revenus complémentaires et d’emplois, la méthanisation constitue une nouvelle opportunité financière pour les éleveurs et un levier incitatif pour adopter des pratiques agro-écologiques protectrices de l’environnement.

Anticiper les changements climatiques est également crucial pour les éleveurs. Un programme les aide à s’adapter dès aujourd’hui : le programme CLIMALAIT.

Transparence ! Voici nos sources...

1. Source ADEME — https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/realiser_unite_methanisation_alaferme_010619.pdf
2. Source GRDF En route vers 10 % de biogaz en 2030
3. Règlements européens n°834/2007 et n°889/2008 (modifié en avril 2014 par le règlement n°354/2014).

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