Saint Félicien
Cousin du saint marcellin, le saint félicien est comme lui rond et plat, mais de plus grand diamètre. Son nom, il le devrait au village de Saint Félicien en Ardèche, d’où il serait originaire. On dit aussi que c’est un crémier lyonnais, installé place Saint Félicien, qui aurait enrichi de crème des saint marcellin avant de les déposer dans des coupelles. Bien crémeux, à la croûte très fine, s’il était au départ au lait de chèvre, il est désormais au lait de vache, cru ou pasteurisé. D’affinage court (4 à 6 semaines), il peut être présenté dans sa coupelle de terre (à la lyonnaise) lui permettant de devenir coulant à cœur, ou sans, pour un affinage plus sec. Son goût de noisette et de lait frais le rend adapté pour commencer la dégustation d’un plateau de fromages, à condition de l’avoir sorti au moins 1h à l’avance du réfrigérateur.
On l’aime particulièrement avec une laitue croquante, passé quelques instants sous le grill du four pour le magnifier, et escorté d’un rouge léger, comme un beaujolais de sa région natale.
Carré de l’Est
Doux et tendre malgré ses épaules carrées, le carré de l’Est dit aussi « carré de Lorraine », « carré des Vosges » ou « Domrémy » est désormais fabriqué en Champagne et en Lorraine. Une bonne pâte molle, une croûte fleurie issue d’un affinage de 5 semaines : un fromage simple et savoureux, que l’on appréciait déjà dans les casse-croûte des mineurs de la région. Il aurait été mis au point par des fromagers produisant du brie : fromage de grande taille et donc fragile au démoulage et à l’affinage, l’un d’entre eux aurait eu l’idée de préparer le caillé du brie dans un moule carré, bien plus facile à manipuler ! D’environ 250 g et d’un format bien pratique, le carré de l’Est se déguste souple au toucher.
Fondant et doux, il est aussi apprécié des enfants.
Fromage frais aux herbes
Du caillé, de la crème fraîche, des herbes (ciboulette, persil, cerfeuil), parfois un peu d’ail et un soupçon de sel : rien de bien sorcier dans le fromage frais aux herbes comme le Rondelé et pourtant, quel succès sur la table ! Son bon goût de lait et ses saveurs franches lui permettent de s’imposer sur les tartines salées, marié à des radis ou des tranches de concombre. Indispensable aux sandwiches printaniers il remplacera la mayonnaise avec brio, on peut aussi l’aimer sur des mouillettes dans des œufs à la coque. En pot à partager ou en portion pour les petites faims, il se cuisine aussi volontiers : mélangé à des œufs, il se transformera en quiche, et ajouté dans une sauce hors du feu, il l’assaisonnera en lui donnant tout son crémeux. A avoir toujours sous la main dans son réfrigérateur !
Pélardon
Petit palet de chèvre (seulement 60 g), le pélardon, originaire des Cévennes, se remarque par son goût… un peu piquant. C’est d’ailleurs cette particularité qui lui a donné son nom : en provençal, le pèbre, c’est le poivre. Attesté dès le XVIIIème siècle, il est protégé par une AOP. Sa pâte dense et compacte, qui sèche et prend de la saveur au fur et à mesure de l’affinage, lui donne une belle personnalité.
On peut l’aimer nature, mais également mariné à l’huile d’olive, au laurier et aux baies roses. Lorsqu’il est jeune, goûtez-le avec une larme de miel de châtaignier, pour une belle explosion de saveurs !
En cuisine, on l’accommode pané, ou coupé en dés sur une assiette de crudités. Pourquoi ne pas lui associer des pissenlits, du cresson et des noisettes, pour une salade originale ?
Persillé de Tignes
Originaire de Savoie et plus précisément de Sainte-Foy Tarentaise, le persillé de Tignes ne se pare de veinures bleutées qu’après 4 à 5 mois d’un affinage délicat à réussir. Actuellement surtout fabriqué à base de lait de chèvre, le nom de persillé désignait en fait initialement la pratique consistant à mélanger le lait de plusieurs animaux vache, brebis, chèvre. Cylindre d’environ 1 kg, on en trouve trace dès le XVIIIème siècle. Sa saveur et sa consistance évoluent particulièrement avec son affinage : blanc, compact, lactique et très fleuri quand il est jeune, il gagne en force et en saveurs avec le temps. Il devient alors très affirmé, voire même poivré, sa croûte devenant de plus en plus brune et friable, jusqu’à ce que des marbrures bleues finissent par apparaître. Une variété de goût incroyable et une texture friable très agréable à découvrir !
Neufchâtel
Si on le connaît surtout sous sa forme de cœur de 200 ou de 600 g-, il existe aussi en carré, en briquette, en bonde et en double bonde : le Neufchâtel est un des rares fromages AOP à être moulé dans différentes formes. Mais c’est aussi l’un des plus anciens fromages normands : on l’aurait reconnu dans des textes du XIe siècle ! Sa forme de cœur proviendrait de la guerre des 100 ans : les jeunes filles du pays de Bray l’offraient aux soldats anglais pour leur signaler leur affection. Nul doute que cela ne pouvait que les séduire : la délicatesse de cette pate molle à croûte fleurie, de la famille des Camemberts, a assuré son succès à travers le temps. Plus marqué en saveurs que le camembert, car plus acidulé et plus salé, le Neufchâtel est également délicieux légèrement fondu dans les sauces à la crème, et reste étonnant… en croque-monsieur. Dans tous les cas, c’est avec un cidre qu’il s’accorde le mieux.
Rochebaron
Drôle de bleu que ce Rochebaron : de la taille d’un reblochon, il est tendre, coulant, et associe la douceur d’un Saint Nectaire à un bleu très tendre et une croûte grise et cendrée. Il comble les amateurs de bleus crémeux type gorgonzola, Saint Agur ou bleu de Bresse. Fabriqué en Auvergne à base de lait pasteurisé, c’est une création fromagère récente qui a un proche cousin, le Montbriac, très voisin en saveur et en texture. Il est aussi très apprécié… à l’étranger !
Olivet
Ce fromage à pâte molle et croûte fleurie, comme le Camembert ou le Chaource, a un goût particulièrement suave. Sa particularité : il se décline en olivet cendré, olivet bleu, olivet au poivre et olivet au foin. Son nom vient du village du Loiret où il était vendu sur le marché. A l’origine, l’olivet était bleu : sa croûte naturelle blanche se tachête en effet de moisissures bleues au fur et à mesure de l’affinage, comme le faisait le camembert au XIXe siècle. Pour assurer sa conservation au long cours, on le roulait dans la cendre de sarments de vigne (aujourd’hui cendre du charbon) : l’olivet cendré était fabriqué en mai et en juin, au plus fort de la production laitière de la région, et était ensuite servi aux ouvriers agricoles saisonniers qui venaient pour les vendanges. De la sorte, l’olivet était préservé des insectes… et les fromages pouvaient être entassés dans des coffres ou des armoires sans s’agglomérer les uns aux autres ! Le principe de l’olivet au foin est le même, tandis que l’olivet au poivre est une création plus récente, puisque le poivre est ajouté à la fin de l’affinage. Dans tous les cas, l’olivet possède un goût assez lactique, marqué par une note de champignon de Paris et de sous-bois des plus agréables.
Gruyère français
Le nom de ce fromage au lait cru à pâte pressée cuite viendrait des officiers « gruyers » qui, à l’époque de Charlemagne, percevaient les impôts pour l’administration des Finances sous forme de fromages, dans les territoires qui allaient devenir la France et la Suisse. On sait que l’on produisait du gruyère dans le Jura dès le XIIe siècle… et que l’on n’a pas cessé depuis, en France comme en Suisse ! Si le Gruyère suisse revendique son absence de trous, le Gruyère français, lui, s’enorgueillit d’en avoir. Joliment nommés « yeux » ou « ouvertures » et ne devant pas être plus gros qu’une cerise, ce sont ces trous qui font son goût. Agréablement fruité, tendre et plutôt doux, c’est un fromage parfait pour les enfants, à savourer en tranches dans les sandwiches (club, bagel ou baguette) ou en brochettes avec des dés de pomme ou de raisin. Une demande d’IGP est actuellement en cours pour attester de sa qualité et de son authenticité.
Morbier
Le seul fromage à pâte pressée non cuite marquée d’une ligne gris-bleu… mais non, ce n’est pas du bleu, mais de la cendre ! Le morbier est là… grâce au comté, car il est lui aussi originaire de Franche-Comté. Le Comté était issu de la mise en commun du lait des différents paysans dans la fruitière. Or, vu les conditions climatiques rudes, il n’était pas toujours possible d’assurer le transport du lait jusqu’à la fruitière. Avec le lait de leur seule exploitation, ils fabriquèrent un fromage plus petit. Avec la traite du matin, un premier caillé était réalisé, qui remplissait le fond du moule. Il était recouvert de cendre prise directement dans la cheminée, pour le protéger jusqu’à la traite du soir, qui recouvrait le moment venu la première partie du fromage. Ainsi, une meule de 8 à 10 kg était elle plus facilement réalisée, et la marque (désormais de charbon végétal) témoigne encore de cette fabrication unique.
Moelleux et fruité, avec des arômes de fruits secs, le Morbier a ses fans aussi bien sur un plateau que cuisiné façon tartiflette, en raclette ou tout simplement à l’apéritif.